Memecoins, IA, hype et illusions : le bull market 2025 recommence. Pourquoi Bitcoin reste immobile pendant que la foule court après les mirages.
Il existe une loi silencieuse dans l’univers des cryptomonnaies, une loi que personne n’enseigne mais que tout le monde finit par expérimenter : avant chaque cycle haussier, il y a un cycle de mensonges. Un cycle où l’illusion s’échauffe, où l’attention collective glisse vers la facilité, où les humains se comportent comme des animaux attirés par les lumières d’une foire. On appelle ça “l’effervescence du marché”, “le retour du bull”, “la reprise de la spéculation”. Mais en réalité, ce n’est rien d’autre qu’un théâtre. Un théâtre où les acteurs ne connaissent pas leur rôle, où les spectateurs sont aussi naïfs que les comédiens, et où la pièce ressemble exactement à celle jouée quatre ans plus tôt, mais avec de nouveaux décors, de nouveaux costumes et de nouvelles répliques copiées-collées depuis des influenceurs que personne ne connaît.
Chaque cycle commence de la même manière : un bruit léger, presque imperceptible, qui se transforme lentement en grondement. Ce bruit, ce sont les touristes crypto qui se réveillent. Ils n’étaient pas là pendant le bear market. Ils étaient partis vivre leur vie ailleurs, dans le confort, dans l’indifférence, dans les récits faciles. Mais les premiers signes d’euphorie les rappellent comme des sirènes. Ils reviennent tous. Les mêmes profils, les mêmes gestes, les mêmes erreurs. C’est presque rassurant dans sa régularité. Comme si la nature humaine refusait obstinément d’évoluer.
Ils ne reviennent jamais les mains vides. Ils arrivent armés d’une fausse expertise fraîchement absorbée sur YouTube. Ils parlent d’accumulation, de cycles, de catalyseurs macro, de liquidité globale, comme s’ils avaient soudain découvert les secrets du monde. En réalité, ils ne font que répéter des phrases apprises par cœur, un jargon emprunté, des théories qu’ils ne comprennent pas. Ils empilent des mots pour masquer des angoisses. Le marché devient pour eux une religion improvisée, une manière de donner du sens à leur agitation. Ils se persuadent que cette fois, ce sera différent. Le bull market les écoute, amusé, et se prépare à leur faire redécouvrir la gravité.
Et puis viennent les memecoins. Les véritables rois de cette foire tragico-comique. Ce sont les clowns professionnels du spectacle. Ils surgissent de nulle part, comme des champignons hallucinogènes après la pluie. Un chien, un chat, une grenouille, un lapin sous ecstasy, un rat obèse, un pingouin en dépression, un logo qui ressemble vaguement à quelque chose de déjà vu. Il suffit qu’une communauté s’en empare pour que la valeur explose. Non pas à cause de son utilité, mais parce que la foule a besoin de rire. Les memecoins existent pour offrir une échappatoire. Une bouffée d’absurdité pure dans un monde saturé d’angoisse économique.
Leur existence est une parodie, mais une parodie tragiquement efficace. Ils révèlent quelque chose de cruel : l’immense majorité des gens ne cherche pas l’indépendance financière, la souveraineté, la compréhension du protocole. Ils cherchent une distraction. Une montée d’adrénaline. Une illusion de participation. Ils veulent se sentir “dans le coup”, “dans le mouvement”, “dans la hype”. Ils ne veulent pas Bitcoin. Ils veulent un rêve. Peu importe la substance. Peu importe la vérité. Le rêve suffit.
Puis arrive le narratif IA, nouvelle star du cycle. Il n’a pas besoin d’être logique. Il n’a pas besoin d’être vrai. Il suffit qu’il soit excitant. Alors on voit apparaître des tokens “IA décentralisée”, des “protocoles d’agents autonomes”, des “architectures neuronales on-chain”, des “blockchains quantiques optimisées par apprentissage profond”, comme si quelqu’un quelque part savait réellement ce que ces mots signifiaient. Les vidéos explicatives sont produites en série, les tweets se multiplient, les experts improvisés surgissent de nulle part avec un aplomb inquiétant.
Le narratif IA n’a rien de nouveau. Il reprend exactement les mêmes mécaniques que les narratifs du passé : promesses vagues, concepts séduisants, mélange volontaire entre complexité technique et espoir irrationnel. Les gens veulent croire que l’IA va “créer un nouveau paradigme économique”, “générer de la monnaie toute seule”, “automatiser la richesse”, “remplacer Bitcoin”. On écoute ces affirmations avec une forme de fatigue amusée. Les narratifs ne meurent jamais. Ils se recyclent. Ils changent de costume, ils se donnent un nouveau nom, mais ils suivent la même silhouette, la même logique : ils vendent un futur facile.
Pendant que cette agitation se répand comme une marée hypnotique, Bitcoin reste immobile. Immobile comme une montagne. Immobile comme une vérité qui n’a rien à prouver. Immobile comme un bloc de pierre dans une tempête de sable. Cette immobilité dérange profondément les touristes crypto. Ils la vivent comme une provocation. Ils veulent du mouvement. Ils veulent de la lumière. Ils veulent que Bitcoin danse avec eux dans ce carnaval grotesque. Mais Bitcoin ne danse pas. Bitcoin ne suit pas. Bitcoin ne joue pas. Bitcoin ne bouge pas.
Cette indifférence absolue est ce qui rend Bitcoin tellement difficile à comprendre. Dans un monde où tout se transforme en spectacle, Bitcoin refuse d’être divertissant. Il ne cherche pas l’attention. Il ne promet rien. Il n’offre aucun récit confortable. Il ne s’adapte pas aux modes. Il reste froid, mécanique, mathématique. Il impose une discipline, une patience, un effort mental que presque personne ne veut assumer. C’est pour cela que les illusions gagnent toujours au début. Parce qu’elles sont faciles.
Le bull market des illusions prospère précisément parce que les humains détestent la lenteur. Ils détestent la simplicité. Ils détestent l’effort. Ils veulent des raccourcis. Ils veulent éviter la difficulté. Même si cette difficulté est la seule chose qui puisse réellement leur offrir quelque chose de durable. Les illusions ne sont pas un accident du marché. Elles sont la manifestation d’une incapacité profonde à affronter la réalité. Et le marché exploite cette incapacité avec une perfection cynique.
Mais contrairement à ce que les touristes crypto imaginent, ce ne sont pas les memecoins ou les narratifs IA qui déclenchent les cycles. Ce n’est pas le bruit qui crée le mouvement. Le bruit n’est qu’un symptôme. Le véritable moteur du bull market se trouve ailleurs : dans l’économie mondiale, dans la pression monétaire, dans la perte de confiance envers les institutions, dans le dégoût envers les systèmes qui mintent de la monnaie comme on imprime des brochures. Bitcoin n’a jamais eu besoin de hype. Bitcoin a besoin de faillites, de crises, de mensonges révélés, de fractures politiques. Ce sont les fissures du vieux monde qui alimentent sa croissance, pas les illusions d’un nouveau.
Et lorsque ces fissures deviennent visibles, lorsque les banques chancellent, lorsque l’inflation tue les salaires, lorsque les gouvernements multiplient les contradictions, Bitcoin avance. Lentement, mais avec une régularité glaciale. Ce déplacement lent, imperceptible au jour le jour, finit par devenir massif. Et c’est souvent à ce moment-là que les touristes crypto entrent à nouveau en scène. Mais ils n’arrivent jamais au bon moment. Ils arrivent toujours lorsqu’il est trop tard, lorsque Bitcoin est déjà lancé, lorsque la majorité du mouvement est passée.
Ils sont persuadés que leur timing est parfait. Ils pensent avoir saisi “le moment opportun”. D’autres leur ont dit que “c’était maintenant ou jamais”. Mais Bitcoin ne connaît pas ces formules. Il ne récompense jamais les impatients. Il récompense les disciplinés, ceux qui accumulent lorsque tout le monde s’enfuit, ceux qui observent le silence du marché sans paniquer, ceux qui savent que le bruit n’a aucune valeur. Ces individus ne sont jamais ceux qui s’expriment le plus. Ce sont les silencieux du bull market. Les anti-touristes. Les seuls à qui Bitcoin finit par donner raison.
Le bull market des illusions est important parce qu’il révèle une vérité fondamentale sur l’être humain : l’illusion est toujours plus séduisante que la vérité. L’illusion promet des raccourcis. La vérité exige des efforts. L’illusion raconte des histoires enthousiasmantes. La vérité explique des mécanismes austères. L’illusion flatte les egos. La vérité les brise. L’illusion fait vibrer. La vérité stabilise. L’illusion chauffe. La vérité refroidit. Et dans un monde qui cherche frénétiquement la chaleur, Bitcoin apparaît comme une anomalie : un feu froid.
Cette froideur est précisément ce qui rend Bitcoin plus solide que tout le reste. Parce qu’il ne cherche jamais à plaire. Il ne cherche jamais à convaincre. Il ne se travestit jamais. Il se contente d’être. Il est la seule constante dans un environnement saturé de bruit. Lorsque les memecoins se consument, lorsque les narratifs IA se dissolvent, lorsque les influenceurs disparaissent, lorsque les illusions s’effondrent, Bitcoin reste debout. Non pas parce qu’il est porté par la foule, mais parce qu’il est porté par les lois mathématiques.
Le marché finit toujours par faire payer les illusions. Il écrase les joueurs. Il pulvérise les rêveurs. Il réduit à néant les certitudes qui reposaient sur rien. Le marché est un prédateur silencieux qui n’a aucune empathie. Les touristes crypto, eux, ne comprennent pas cela. Ils pensent être du bon côté du cycle. Ils pensent être protégés. Ils pensent que cette fois, l’illusion est réelle. Jusqu’au moment où elle explose.
Paradoxalement, c’est à ce moment-là que Bitcoin commence réellement son mouvement. Au moment où les illusions s’effondrent. Les illusions sont un écran de fumée. Elles masquent Bitcoin. Elles attirent l’attention ailleurs. Elles distraient. Et pendant que tout le monde regarde les feux d’artifice artificiels, Bitcoin creuse sa place. Lentement. Sûrement. Sans bruit. Les illusions meurent. Bitcoin endure. Toujours.
Le bull market des illusions est donc bien plus qu’un simple phénomène de marché. C’est un rituel. Une purification. Une purge. Un cycle naturel où les illusions doivent mourir pour que la vérité progresse. Et lorsque la poussière retombe, lorsque le bruit s’éteint, ceux qui comprennent enfin ce qui s’est joué ramassent les morceaux. Ils reviennent au protocole froid. Ils abandonnent les mirages. Ils se recentrent. Et ils découvrent quelque chose que les touristes crypto n’ont jamais cherché : la réalité. La réalité est simple. Bitcoin n’a pas besoin d’eux. Eux ont besoin de Bitcoin. Et ils le comprennent toujours trop tard.